Pendant des décennies, les relations presse ont reposé sur un modèle relativement stable : identifier un média, comprendre sa ligne éditoriale, proposer un angle pertinent, convaincre un journaliste.
Mais une évolution discrète est en train de rebattre les cartes.
Et elle ne vient pas uniquement des médias.
Elle vient aussi… des interfaces.
L’annonce du lancement de RMC BFM Drive, l’application co-construite par RMC BFM et Renault, est probablement beaucoup plus stratégique qu’elle n’en a l’air.
Car derrière cette “radio personnalisée” dopée à l’IA, se dessine une transformation profonde de notre rapport à l’information, à l’audience… et donc à la communication.
LA VOITURE DEVIENT UN MÉDIA À PART ENTIÈRE
Le principe de RMC BFM Drive est simple : créer une expérience audio sur mesure en fonction :
- des centres d’intérêt du conducteur,
- de sa localisation,
- de la durée de son trajet,
- de ses habitudes d’écoute.
Les contenus sont découpés, réassemblés et contextualisés automatiquement par l’intelligence artificielle.
Autrement dit : nous ne sommes plus face à une programmation identique pour tous, mais face à un média individualisé.
Et ce point est essentiel.
Car cela signifie qu’à terme, un même sujet pourra être raconté différemment selon :
- le profil de l’utilisateur,
- son contexte,
- son moment de consommation,
- voire son niveau d’attention disponible.
La logique du “mass media” glisse progressivement vers une logique de “micro-expériences média”.
CE QUE CELA CHANGE POUR LES COMMUNICANTS
Pendant longtemps, la mission des relations presse consistait principalement à obtenir de la visibilité.
Demain, la question sera plus complexe : comment exister dans des flux informationnels personnalisés par des IA ?
Car ces nouveaux environnements ne sélectionnent pas uniquement des médias.
Ils sélectionnent des contenus.
Et surtout : ils sélectionnent les contenus jugés pertinents pour chaque utilisateur.
C’est un changement majeur.
Dans ce modèle, un communiqué de presse ne sera plus seulement lu par un journaliste.
Il pourra être :
- résumé par une IA,
- recomposé dans un flux audio,
- contextualisé automatiquement,
- recommandé selon des signaux comportementaux,
- ou ignoré s’il ne présente pas suffisamment de valeur informationnelle.
Autrement dit : les relations presse commencent aussi à devoir parler aux algorithmes.
LA FIN DES CONTENUS "GÉNÉRIQUES"
Cette évolution accélère une tendance déjà visible depuis plusieurs années : les contenus faibles ou interchangeables deviennent invisibles.
Les annonces purement promotionnelles auront de plus en plus de mal à émerger dans des environnements pilotés par la pertinence.
À l’inverse, les contenus capables d’apporter :
- un éclairage,
- une expertise,
- une donnée,
- une vision,
- une utilité réelle,
auront davantage de chances d’être repris, relayés… et désormais intégrés dans des expériences IA.
C’est probablement l’un des grands défis des années à venir pour les professionnels des RP :
produire moins de bruit, mais davantage de matière éditoriale exploitable.
UNE NOUVELLE BATAILLE DE L'ATTENTION
L’autre enseignement intéressant dans cette annonce est la place prise par l’infotainment dans l’automobile.
Chez Renault, la radio représenterait encore 74 % du temps d’écoute dans les véhicules.
Mais les usages évoluent vite :
vidéo à l’arrêt, contenus personnalisés, services embarqués, expériences contextualisées…
La voiture devient progressivement un espace média autonome.
Et demain, avec le développement de la conduite assistée puis autonome, le temps de cerveau disponible dans l’habitacle pourrait devenir un territoire extrêmement stratégique pour les marques et les médias.
Ce qui pose déjà plusieurs questions :
- quels formats publicitaires seront acceptés ?
- comment préserver la qualité de l’expérience utilisateur ?
- jusqu’où ira l’hyperpersonnalisation ?
- et surtout : qui contrôlera la recommandation des contenus ?
LES RP ENTRENT DANS UNE NOUVELLE ÈRE
Depuis plusieurs années, le métier évolue déjà :
- fragmentation des audiences,
- montée des créateurs de contenus,
- importance du SEO,
- poids des réseaux sociaux,
- influence des IA génératives,
- essor du GEO (Generative Engine Optimization).
Mais avec des dispositifs comme RMC BFM Drive, une nouvelle étape est franchie.
Les communicants ne travaillent plus uniquement pour :
- des journalistes,
- des rédactions,
- ou des médias traditionnels.
Ils travaillent désormais dans un écosystème où les contenus peuvent être redistribués, réinterprétés et personnalisés par des systèmes intelligents.
Cela impose une approche beaucoup plus éditoriale, plus stratégique et probablement plus exigeante du métier.
Car demain, la vraie visibilité ne dépendra plus seulement de la diffusion.
Elle dépendra de la capacité d’un contenu à mériter sa recommandation.