27/01/2026
« LE SUJET EST TRÈS BON » : UNE PHRASE QUI NE GARANTIT RIEN
« Le sujet est très bon. »
C’est une phrase que je prononce souvent. Elle est sincère. Elle est argumentée. Et pourtant, elle ne garantit absolument aucune retombée presse.
Après plus de vingt ans passés à travailler avec des journalistes et des entreprises de toutes tailles, j’ai appris une chose essentielle : un bon sujet n’est pas toujours un sujet médiatique. Ce constat surprend souvent les dirigeants, surtout lorsqu’ils sont intimement convaincus de la pertinence de leur actualité. Et ils ont souvent raison… d’un point de vue business.
CE QUI EST IMPORTANT POUR UNE ENTREPRISE NE L'EST PAS TOUJOURS POUR UN MÉDIA
Lorsqu’une entreprise lance un nouveau produit, innove, ouvre un site, fête un anniversaire ou franchit un cap important, il s’agit effectivement d’une information forte. Elle mérite d’être racontée. Elle mérite d’être valorisée. Mais ce qui fait sens pour une entreprise ne correspond pas automatiquement à ce qui fera sens pour un média à un instant donné. Les journalistes ne sont pas des relais d’actualité d’entreprise. Leur mission est ailleurs.
LA QUESTION QUE SE POSE VRAIMENT UN JOUNALISTE
Un journaliste ne se demande jamais si une information est importante pour l’entreprise qui la diffuse. Il se demande si elle est utile, intéressante ou éclairante pour son audience. Ce décalage est à l’origine de nombreuses incompréhensions. Là où une entreprise voit une annonce structurante, un média cherche une histoire, un angle, un éclairage nouveau ou une réponse à une question que se posent déjà ses lecteurs.
QUAND UN BON SUJET ARRIVE AU MAUVAIS MOMENT
C’est précisément pour cette raison qu’un sujet peut être jugé « bon » sans être repris. Non pas parce qu’il est mauvais, mais parce qu’il n’entre pas, à ce moment précis, dans la hiérarchie de l’actualité. Les rédactions travaillent sous contrainte permanente. Moins de journalistes, plus d’informations à traiter, des priorités éditoriales qui évoluent quotidiennement. Dans ce contexte, la sélection est sévère et parfois frustrante, y compris pour les professionnels des relations presse.
LES NON-RETOMBÉES NE SONT (PRESQUE) JAMAIS PERSONNELLES
Contrairement à une idée largement répandue, une non-retombée n’est presque jamais personnelle. Elle n’est ni un rejet, ni un désintérêt définitif. Elle est le plus souvent liée à un problème de timing, de saturation de l’actualité ou d’angle encore trop institutionnel. Un sujet peut être pertinent sur le fond, mais arriver au mauvais moment, ou se heurter à une concurrence médiatique trop forte. Il peut aussi avoir déjà été traité ailleurs, parfois la veille, parfois différemment, mais suffisamment pour qu’il perde son caractère prioritaire.
LES RP NE FONCTIONNENT PAS COMME LA PUBLICITÉ
C’est ici que les relations presse sont souvent mal comprises. Elles ne fonctionnent pas comme une campagne publicitaire. On ne commande pas un article. On ne choisit ni la date de publication, ni l’angle final. Et surtout, on ne peut jamais garantir une retombée. Le rôle d’une attachée de presse n’est pas de promettre une visibilité automatique, mais de créer les meilleures conditions possibles pour qu’un sujet trouve sa place dans le paysage médiatique.
LE VRAI TRAVAIL D'UNE ATTACHÉE DE PRESSE
Ce travail est fait d’analyse, d’anticipation et d’ajustements permanents. Il consiste à transformer une information brute en matière journalistique, à identifier les bons médias, à comprendre leurs lignes éditoriales et à accepter qu’un sujet puisse ne pas aboutir immédiatement. Oui, même après vingt ans de métier, cela arrive encore. Et c’est parfaitement normal.
UNE CAMPAGNE RP NE SE JUGE PAS QU'AU NOMBRE D'ARTICLES
Il est également important de rappeler qu’une campagne de relations presse ne se juge pas uniquement au nombre d’articles obtenus. Un sujet qui ne sort pas aujourd’hui peut nourrir une relation média, préparer un angle futur ou servir de base à un autre format plus pertinent. En relations presse, le silence n’est pas toujours un échec. Il est souvent une étape dans une stratégie qui s’inscrit dans la durée.
REMETTRE LES RP À LEUR JUSTE PLACE
Ce que les dirigeants doivent retenir, c’est que la visibilité médiatique ne se décrète pas. Elle se construit. Elle dépend autant de la qualité du sujet que de son contexte, de son timing et de sa capacité à s’inscrire dans une actualité plus large. Ne pas obtenir de retombées ne signifie pas que le travail a été inutile ou que le sujet était sans intérêt. Cela signifie simplement qu’il n’était pas prioritaire à ce moment précis.
Et parfois, la meilleure stratégie consiste à attendre, à retravailler l’angle ou à accepter que tous les sujets n’ont pas vocation à passer dans les médias. Ce n’est pas un renoncement. C’est une approche réaliste et professionnelle des relations presse.